Gestion de la santé des veaux — Que dit la science ? 🎙️
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Cet article rédigé par le Dr Reynold Bergen, directeur scientifique du BCRC, a été initialement publié dans le numéro de janvier 2024 du magazine Canadian Cattlemen et est reproduit sur BeefResearch.ca avec la permission de l’éditeur.

Il arrive parfois que deux études posent une question similaire et aboutissent à des résultats différents. Cela ne signifie pas pour autant que l’une a raison et l’autre tort, ni qu’il s’agit d’un simple coup de dés, ni que la recherche est inutile : cela signifie simplement que les détails et le contexte ont leur importance. Si nous voulons savoir si une pratique d’élevage particulière contribue à prévenir la diarrhée chez les veaux de boucherie, les études à grande échelle qui mesurent les signes de diarrhée, les taux de traitement et de guérison chez ces veaux sont plus utiles que les études qui comparent la température rectale ou le nombre de globules blancs chez quelques veaux laitiers.
C’est là que les « revues systématiques » s’avèrent utiles. Une revue systématique définit clairement le type d’études existantes qui permettront de répondre à une question précise. Elle recense ensuite toutes les études publiées qui répondent à ces critères, les analyse et identifie les points sur lesquels elles s’accordent toutes. Les revues systématiques sont extrêmement utiles lorsqu’il s’agit de formuler des recommandations à l’intention des éleveurs sur le terrain.
Claire Windeyer et une équipe de chercheurs vétérinaires des universités de Calgary et de la Saskatchewan ont récemment publié une revue systématique des pratiques d’élevage liées à la mortalité pré-sevrage chez les veaux de boucherie (doi.org/10.1017/S1466252325000015). Ils ont ensuite réuni un groupe de 12 experts vétérinaires afin d’identifier et de hiérarchiser un large éventail de pratiques de gestion susceptibles d’apporter le plus grand bénéfice au plus grand nombre d’éleveurs de vaches-veaux (doi.org/10.3390/vetsci11100453).
Ce qu’ils ont fait
Ils ont passé au crible 4 942 études scientifiques publiées portant sur la mortalité avant le sevrage. Onze études répondaient à leurs critères et fournissaient des informations pertinentes concernant la mortalité avant le sevrage chez les veaux de boucherie.
Cela ne signifie pas pour autant que les 4 931 autres études aient été une perte de temps et d’argent : elles ont peut-être été parfaitement conçues pour répondre efficacement à la question spécifique qu’elles posaient (p. ex. : « Les formulations expérimentales de vaccin A et B produisent-elles des réponses immunitaires similaires contre l’agent pathogène X chez les veaux nouveau-nés ? » C’est une information importante à connaître aux premiers stades du développement d’un vaccin). Ces études n’étaient tout simplement pas utiles pour répondre à cette question précise, à l’échelle des éleveurs.
Ce qu’ils ont appris
Quatre pratiques de gestion ont clairement une incidence sur la mortalité des veaux avant le sevrage.
L’administration de colostrum aux veaux ayant besoin d’une aide au moment du vêlage et/ou n’ayant pas tété d’eux-mêmes a permis de réduire la mortalité avant le sevrage. Les veaux qui ont besoin d’aide courent toujours un risque plus élevé de mourir avant le sevrage que ceux qui n’en ont pas besoin, mais le fait de leur fournir du colostrum de haute qualité peu après la naissance augmente considérablement leurs chances de survie.
L’administration de sélénium et de vitamine E à la naissance a permis de réduire la mortalité des veaux. Le Réseau canadien de surveillance des élevages vache-veaua confirmé que de nombreuses vaches à travers le Canada présentent des taux de sélénium insuffisants et que les teneurs en vitamine E diminuent dans les fourrages entreposés ou altérés par les intempéries. Les carences en sélénium et en vitamine E peuvent provoquer la maladie du muscle blanc chez les veaux nouveau-nés. La supplémentation chez les vaches est bénéfique pour celles-ci mais ne permet pas nécessairement de transmettre suffisamment de minéraux ou de vitamines au fœtus ou au veau nouveau-né assez rapidement. L’injection chez les veaux nouveau-nés constitue un moyen simple de prévenir rapidement ce problème courant.
Saison des vêlages : Les troupeaux dont les vaches vêlent au printemps ou en été ont perdu moins de veaux avant le sevrage que ceux dont les vaches vêlent à l’automne ou en hiver. Les basses températures et le vent accentuent la sensation de froid chez les petits veaux mouillés. Les veaux qui ont froid ont un métabolisme plus lent, sont moins vigoureux et tètent plus lentement. Si cela les empêche de consommer suffisamment de colostrum assez tôt, ils bénéficieront d’une protection immunitaire moindre de la part de la vache et seront plus susceptibles de tomber malades et de mourir avant le sevrage. D’un autre côté, une étable de vêlage peut protéger les veaux nouveau-nés du froid, mais elle les regroupe également, ce qui peut accroître le risque de transmission de maladies, problèmes de santé et mortalité. Cela peut poser un dilemme pour les troupeaux de race pure qui vêlent tôt afin de produire des taureaux suffisamment matures pour être utilisés à la reproduction dès l’âge d’un an.
Durée de la saison de vêlage : Les troupeaux dont la saison de vêlage est plus courte ont enregistré moins de mortalités avant le sevrage. Les aires de vêlage doivent être relativement exemptes de microbes pathogènes au début de la saison de vêlage afin que les veaux nés tôt soient moins exposés aux maladies.
Les agents pathogènes s’accumulent au fur et à mesure que plus de vaches vêlent et que les premiers veaux nés commencent à excréter leurs propres agents pathogènes, venant ainsi alourdir cette accumulation. Par conséquent, les veaux nés plus tard dans la saison de vêlage sont davantage exposés aux maladies. Lorsque la saison de vêlage est très concentrée, le dernier veau vient au monde avant que la « machine à maladies » ne passe à la vitesse supérieure.
Les experts vétérinaires sont d’accord pour dire que l’administration de colostrum aux veaux qui n’ont pas tété et celle de vaccins contre les clostridies aux veaux avant le sevrage contribueront à réduire la mortalité pré-sevrage dans tous les troupeaux. De nombreuses autres pratiques de gestion recommandées (notamment en matière de vaccination spécifique, de biosécurité, de nutrition et de gestion des vêlages) ont été jugées très utiles pour la plupart ou pour certains troupeaux. Cela ne signifie pas qu’elles sont facultatives, mais plutôt qu’elles dépendent de la situation. Elles peuvent offrir peu d’avantages dans certaines exploitations, mais réduire considérablement la mortalité avant le sevrage dans d’autres. Quelques pratiques, notamment les traitements antibiotiques préventifs ou de groupe sous la direction d’un vétérinaire, ont été jugées potentiellement utiles dans de rares cas. Les antibiotiques ne sont pas efficaces contre certaines maladies ou certains agents pathogènes ; il est donc important de suivre les conseils d’un vétérinaire pour éviter de gaspiller de l’argent en médicaments inefficaces, de retarder un traitement efficace et de risquer la mort d’un veau de grande valeur.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Si ce n’est pas déjà fait, c’est le moment idéal pour prendre contact avec votre vétérinaire afin de passer en revue vos pratiques de gestion des vêlages et de rafraîchir vos compétences sur le soutien d’urgence pour les veaux nouveau-nés.
Conclusion
Offrir aux veaux un bon départ dans la vie augmente considérablement leurs chances de survivre jusqu’au sevrage. Pouvez-vous vous permettre de ne pas le faire, vu les prix actuels ?
Le Beef Cattle Research Council est une organisation industrielle à but non lucratif financée par le Prélèvement national sur les bovins de boucherie. Le BCRC s’associe à Agriculture et Agroalimentaire Canada, aux groupes provinciaux de l’industrie bovine et aux gouvernements afin de faire progresser le transfert de la recherche et de la technologie à l’appui de la vision de l’Industrie canadienne du bœuf, qui est d’être reconnue comme un fournisseur privilégié de bœuf, de bovins et de génétique sains et de haute qualité. Apprenez-en davantage sur le BCRC sur le site www.beefresearch.ca/fr.
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