Décortiquer le rôle des fibres dans les rations de finition🎙️
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Cet article rédigé par le Dr Reynold Bergen, directeur scientifique du BCRC, a été initialement publié dans le numéro de octobre 2025 du magazine Canadian Cattlemen et est reproduit sur BeefResearch.ca avec la permission de l’éditeur.

Les régimes de finition en parc d’engraissement à haute teneur en grains améliorent l’efficacité de la conversion alimentaire et permettent d’obtenir du bœuf de haute qualité, bien marbré. Le maïs a traditionnellement été la céréale fourragère dominante dans le centre et l’est du Canada et aux États-Unis, tandis que l’orge est plus courante dans l’ouest du Canada. La structure de l’amidon de maïs fait qu’il est généralement digéré plus lentement que celui de l’orge. Le maïs est généralement roulé à la vapeur afin d’uniformiser les conditions en termes de digestibilité et de performances des animaux, tandis qu’un roulage à sec, plus simple et moins coûteux, suffit pour l’orge. Ces dernières années, le maïs est devenu plus courant dans les régimes de finition de l’Ouest canadien, en raison de la diminution des superficies consacrées à l’orge, de l’augmentation de celles consacrées au maïs et de la hausse des importations de maïs. Cela a conduit certains parcs d’engraissement à se doter d’installations de roulage à la vapeur pour le maïs. Des recherches sont en cours afin de déterminer si le roulage à la vapeur améliore la digestibilité et les performances animales dans les régimes à base d’orge.
Les régimes riches en céréales doivent être gérés avec soin afin d’éviter les comportements alimentaires anormaux, l’acidose ruminale et les abcès hépatiques, qui peuvent nuire à la santé et au bien-être des animaux. Le fourrage, généralement sous forme d’ensilage, est ajouté comme source de fibres afin de favoriser le fonctionnement normal du rumen, mais cela peut réduire la consommation d’aliments et l’efficacité alimentaire.
Il n’est pas facile de trouver le bon rapport entre les fourrages et les concentrés, et les besoins en fibres des bovins en parc d’engraissement peuvent aller au-delà d’une simple teneur minimale en fibres. Les fourrages et les fibres ne sont pas tous équivalents. L’important pourrait être de fournir la quantité appropriée du bon type de fibres. La longueur des fibres, par exemple, joue un rôle important. Des fibres trop courtes ne sont pas « physiquement efficaces » : elles ne procurent pas la stimulation mécanique nécessaire pour stimuler l’activité du rumen. C’est pourquoi les drêches de distillerie ne peuvent pas remplacer le fourrage grossier dans un régime de finition. Leurs particules sont trop fines pour être physiquement efficaces.
Mais la composition chimique de la fibre est également importante. Ces dernières années, les chercheurs se sont penchés de plus près sur les fibres détergentes neutres (FDN). Une bonne partie des FDN peut être digérée, mais la partie restante qui est liée à la lignine (qui agit comme une armature pour aider les plantes à se relever) sont beaucoup moins digestibles. Certaines FDN résistent à la digestion microbienne pendant 240 heures dans le rumen, ce que l’on appelle les FDN non digestibles. Tim McAllister et des collègues d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), de l’Université de Guelph et de l’Université de la Saskatchewan ont étudié comment la méthode de roulage de l’orge et les niveaux de FDN non digestibles affectent la performance animale et la santé digestive dans les régimes de finition (Effect of undigestible neutral detergent fiber concentration in finishing diets containing dry-rolled or steam-rolled barley for feedlot steers: https://doi.org/10.1093/jas/skae392).)
Ce qu’ils ont fait
Quatre cents bouvillons croisés Angus d’un poids moyen de 970 lb ont reçu des rations de finition composées de 89 % de céréales, de 6 % de fourrage grossier et de 5 % de supplément, dans 32 petits enclos du Centre de recherche et de développement de Lethbridge d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Chaque enclos a reçu l’une de quatre rations contenant, comme source d’énergie, de l’orge roulée à sec ou à la vapeur (indice de traitement = 70 %), mélangée à de l’ensilage d’orge à faible teneur en FDN non digestible ou à de la paille d’orge à forte teneur en FDN non digestible comme source de fourrage grossier. La ration à forte teneur en FDN non digestible (paille) contenait 16 % plus de FDN non digestible que la ration à faible teneur en FDN non digestible (ensilage), ainsi que 6 % moins de protéines et 2 % moins d’amidon. Tous les régimes contenaient 10 % de fourrage grossier. La proportion de fibres physiquement efficaces était 15 % plus élevée dans l’ensilage d’orge que dans la paille d’orge (84 % contre 73 %), tandis que la teneur en FDN non digestible était 85 % plus élevée dans la paille d’orge que dans l’ensilage d’orge (26,8 % contre 14,5 %). Autrement dit, la principale différence entre les deux sources de fourrage grossier résidait dans leur teneur en FDN non digestible. Les bovins ont été nourris une fois par jour pendant 112 jours. Le pH ruminal a été surveillé tout au long de l’expérience chez six bouvillons par régime. Les chercheurs ont recueilli des données sur les performances de croissance, la conversion alimentaire, le comportement alimentaire individuel, le pH ruminal et les caractéristiques des carcasses, ainsi que les scores d’abcès hépatiques.
Ce qu’ils ont appris
La méthode utilisée pour rouler l’orge n’avait pas beaucoup d’importance, mais le taux de FDN non digestible avait une incidence sur le comportement alimentaire et la santé du rumen.
Les performances de croissance (consommation d’aliments, gain moyen quotidien et rapport gain/aliments) n’ont été influencées ni par la méthode de roulage des grains d’orge, ni par la teneur en FDN non digestible.
Le comportement alimentaire n’a été influencé par aucune des deux méthodes de roulage des grains d’orge, mais les bouvillons nourris avec le régime riche en FDN non digestible (paille) passaient plus de temps à la mangeoire, mangeaient plus lentement et prenaient plus souvent des repas plus courts.
Le pH ruminal n’a pas été influencé par la méthode de roulage des grains d’orge. Les bouvillons nourris avec le régime riche en FDN non digestible (paille) présentaient un pH ruminal plus élevé (moins acide) que ceux nourris avec le régime pauvre en FDN non digestible (ensilage). Les bouvillons nourris avec le régime riche en FDN non digestible ont présenté moins d’acidose ruminale. Ils ont passé 3 heures de moins par jour avec un pH inférieur à 6, 4,5 heures de moins avec un pH inférieur à 5,8 et 12,5 heures de moins avec un pH inférieur à 5,2 que ceux nourris avec le régime pauvre en FDN non digestible.
Caractéristiques de la carcasse : le poids de la carcasse, le rendement en viande et le rendement en viande maigre n’ont pas été influencés par la méthode de roulage des grains d’orge ni par la teneur en FDN non digestible. Les bouvillons nourris à l’orge roulée à sec étaient nettement plus nombreux à obtenir la classification AAA/USDA Choice que ceux nourris à l’orge roulée à la vapeur (82 % contre 70 %). Cependant, d’autres études n’ont pas abouti à ce résultat ; il ne faut donc pas s’y fier aveuglément. La classification de qualité n’a pas été influencée par la teneur en FDN non digestible.
Le score d’abcès hépatiques n’a été influencé ni par la méthode de roulage des grains d’orge, ni par la teneur en FDN non digestible. Les bouvillons nourris avec le régime riche en FDN non digestible présentaient 15 % d’abcès hépatiques graves en moins que ceux nourris avec le régime pauvre en FDN non digestible, mais cette différence n’était pas statistiquement significative.
Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Le roulage à la vapeur est important pour le maïs, mais il n’offre aucun avantage évident pour l’orge par rapport au roulage à sec traditionnel. En revanche, les teneurs en FDN non digestible semblent bel et bien importantes. Sans modifier la proportion de fourrage grossier dans la ration, cette équipe de recherche a réussi à améliorer les conditions du rumen en augmentant la teneur en FDN non digestible de la ration.
À l’heure actuelle, la FDN non digestible ne peut être mesurée qu’à l’aide d’essais d’incubation dans le rumen ; il ne s’agit donc pas encore d’un indicateur pratique. L’évaluation des fibres physiquement efficaces est beaucoup plus simple, plus rapide et moins coûteuse que celle de la FDN non digestible ; elle restera donc probablement la référence pour le moment.
Conclusion
Une fois qu’un problème majeur est résolu, la solution semble souvent évidente. Mais mettre au point des solutions rentables pour résoudre des problèmes majeurs est rarement simple, rapide ou facile. Trouver des moyens d’optimiser à la fois l’efficacité alimentaire, la santé et le bien-être des animaux de manière rentable constitue un défi de taille, et les efforts pour y parvenir se poursuivront.
Le Beef Cattle Research Council est une organisation industrielle à but non lucratif financée par le Prélèvement national sur les bovins de boucherie. Le BCRC s’associe à Agriculture et Agroalimentaire Canada, aux groupes provinciaux de l’industrie bovine et aux gouvernements afin de faire progresser le transfert de la recherche et de la technologie à l’appui de la vision de l’Industrie canadienne du bœuf, qui est d’être reconnue comme un fournisseur privilégié de bœuf, de bovins et de génétique sains et de haute qualité. Apprenez-en davantage sur le BCRC sur le site www.beefresearch.ca/fr.
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